Il peut exister d’autres façons d’imaginer le cyberspace, non pas comme un lieu né de la cupidité, de la peur et de la faim, mais plutôt comme un lieu de nourrissement. Un lieu où les gens peuvent trouver leurs propres rêves. Pas seulement des fantasmes de fuite, mais des rêves d’humanité et de façons de préserver le territoire¹. (traduction libre)
― Loretta Todd
En 1998, Mark Bernstein lançait Hypertext Gardens², posant les bases du concept de « jardin numérique » ou « digital garden » : un espace en ligne où l’on peut s’aventurer librement, comme dans un parc ou un jardin, un lieu qui invite à la métamorphose, à l’errance, à l’exploration et à la réflexion³.
En 2026, le Web, tout en occupant un rôle central dans l’organisation du monde, est de plus en plus façonné par des forces capitalistes, coloniales et extractivistes. Ses structures en sont à la fois les témoins et les instruments, influençant nos façons de communiquer, de consommer et même de penser, tout en reposant sur des logiques de pollution, d’opacité des chaînes d’approvisionnement et d’exploitation des ressources humaines et naturelles (#Congo). Dans ce contexte, reconnaître ces violences structurelles nous apparaît nécessaire pour imaginer des outils numériques guidés par le bien commun plutôt que par le profit.
Pourtant, le Web demeure un médium indiscipliné, un terrain malléable où réside un potentiel subversif. Pour la chercheuse Linda Leung, ce potentiel émerge de la convergence entre production et consommation : le·la producteur·trice est aussi consommateur·trice, et vice-versa, bien que ces pratiques mobilisent des compétences numériques inégales. Chaque acte de navigation devient alors profondément situé : influencé par l’intention, l’humeur, la littératie, la classe sociale ou l’héritage culturel, etc. Selon Leung, utiliser le Web, c’est déjà le façonner. C’est un lieu d’interaction et de co-création, où réel et virtuel s’entrelacent⁴.
Galerie Galerie vous invite ici à errer dans son propre jardin manifesto garden. Conçu comme un manifeste-outil, ce projet d’hyperliens médiatiques se déploie à la fois comme ligne éditoriale, espace critique, terrain de jeu et invitation à la dérive. C’est un lieu où l’on cultive un Web plus organique, plus communautaire et plus expérimental, « loin » des impératifs de performance et de rentabilité qui gouvernent les mégaplateformes.
Créé en collaboration avec l’artiste Wawa Li, le jardin manifesto garden de Galerie Galerie se matérialise sous la forme d’un site web artistique bilingue. Il est composé de quatre axes distincts, qui tissent des liens entre des sources existantes et des créations nouvelles réalisées par des collaborateur·trices sur demande. Il favorise le mélange des idées, des pratiques, et des sensibilités, tout en proposant un espace organique et ludique, propice à la déambulation et à l’apprentissage. C’est un lieu qui se veut vivant et évolutif, destiné à semer des alternatives et à encourager la pensée divergente.
La « mort » du Web a été proclamée à plusieurs reprises. En 2013, l’artiste Hito Steyerl se posait la question : « Is the internet dead? » ⁵. Une interrogation qu’elle disait littérale, non métaphorique. Que reste-t-il du Web une fois que sa promesse d’émancipation s’estompe?
Nous croyons, pour notre part, qu’il demeure un lieu d’invention critique, d’expression poétique et de création. Et c’est là, précisément, que nous prenons la décision de faire germer notre jardin.
Flânez dans le jardin et tombez dans le trou du lapin! 🐇
Pour sélectionner les sources ici partagées, Galerie Galerie a choisi de s’appuyer sur sa communauté et de prendre en compte les enjeux spécifiques liés à sa situation géopolitique. Nous sommes conscientes que ce processus de sélection peut comporter des biais, façonnés par le contexte dans lequel nous évoluons.
Comme le souligne Maggie Appleton, « […] le savoir et les néologismes vivent toujours au sein des communautés »⁶. Ce jardin est un espace de contribution collective, où chacun·e peut nourrir la conversation, à sa manière.
Si vous souhaitez contribuer à l’enrichissement du jardin manifesto garden, n’hésitez pas à partager vos sources préférées ici >>> ou à envoyer vos idées à l’adresse info@galeriegalerieweb.com.
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Ce projet est rendu possible grâce au soutien du Conseil des arts de Montréal.
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¹ Todd, Loretta. « Aboriginal Narratives in Cyberspace ». Dans Transference, Technology, Tradition: Native New Media, sous la direction de Claxton, Dana, Candice Hopkins, Steven Loft et Melanie Townsend, Banff, Alberta, Canada : Walter Phillips Gallery Editions, 2005, p.152–163.
² Bernstein, Mark. https://www.eastgate.com/garden/, 1998.
³ Pour en savoir plus sur les jardins numériques : Appleton, Maggie. A Brief History & Ethos of the Digital Garden. https://maggieappleton.com/garden-history, 2020.
⁴ Leung, Linda. Virtual Ethnicity: Race, Resistance and the World Wide Web. Londres : Angleterre : Routhledge, 2017.
⁵ Steyerl, Hito. « Too Much World: Is the Internet Dead? ». e-flux, no 49, 2013.
⁶ Appleton, Maggie. A Brief History & Ethos of the Digital Garden. https://maggieappleton.com/garden-history, 2020.